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Commotions cérébrales : le cannabis, une solution pour les anciens de la LNH?

8 mars 2019

Publié le vendredi 8 mars 2019
Source : ICI Radio-Canada Sports, Alexandre Gascon

D’anciens joueurs de la LNH participeront à une recherche sur les vertus thérapeutiques des produits du cannabis, particulièrement du cannabidiol (CBD). Une étude qui a « le mérite d’être explorée », selon un spécialiste des commotions cérébrales.

Une centaine d’anciens joueurs de la LNH participeront à l’expérience qui vise à déterminer les effets du CBD sur le traitement des symptômes post-commotions cérébrales.

Au cours des dernières années, des hockeyeurs, principalement des hommes forts, ont révélé souffrir de dépression, d’anxiété ou même d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie dégénérative du cerveau liée aux commotions subies pendant leur carrière.

On attribue déjà au CBD des propriétés anti-inflammatoires et analgésiques, comme le racontait le Dr Louis Gendron en octobre dernier à Radio-Canada Sports.

« Actuellement, le CBD est probablement la molécule pour laquelle on semble vouloir attribuer le plus d’effets thérapeutiques de toutes sortes », avait avancé le professeur et chercheur à l’Institut de pharmacologie de l’Université de Sherbrooke.

Le terrain dans ce domaine reste à défricher, les connaissances, à approfondir.

En ce sens, le neuropsychologue et fondateur de l’Institut des commotions cérébrales à Montréal, Dave Ellemberg, voit d’un bon œil la recherche clinique, tout en y ajoutant une mise en garde.

Pour le moment, le projet de recherche vise seulement à soulager les anciens joueurs de la LNH aux prises avec des dysfonctions cognitives.

« Si on voit ça comme une intervention pour des gens qui ont des symptômes persistants, des symptômes qui perdurent plus de 4 à 6 semaines, et que ce n’est pas dans le but d’atténuer ou d’endormir les symptômes, ç’a le mérite d’être exploré », estime le professeur à l’Université de Montréal, joint au téléphone.

« Si l’objectif est de voir si les CBD peuvent atténuer les symptômes immédiatement à la suite d’une commotion cérébrale, selon moi, on se tire un peu dans le pied, parce que les symptômes permettent de guider le repos et le retour progressif aux différentes activités de la vie quotidienne et au sport. C’est un frein, ça fait en sorte que l’athlète n’en fait pas trop », prévient-il.

Laperrière et Laraque applaudissent

L’entraîneur adjoint des Flyers de Philadelphie Ian Laperrière et l’ex-dur à cuire du Canadien de Montréal Georges Laraque voient d’un bon œil l’accent mis sur la recherche autour de ce produit naturel.

Si la preuve des bienfaits du cannabidiol s’avère, mieux vaut le consommer que de se rabattre sur les opioïdes, qui sont monnaie courante dans la LNH.

« Des antidouleurs, j’ai pris ça toute ma carrière. C’était fou, se souvient Laraque. Si j’avais eu l’alternative de savoir qu’une couple de gouttes d’un produit naturel sous ma langue aurait pu régler mes douleurs… Quand tu as un gros gabarit, il faut que tu en prennes plus. J’en ai pris comme ça ne se peut pas. »

« S’il n’y a pas d’effets secondaires, en comparaison à tous les antidouleurs que j’ai pris et que ma génération a pris, ce serait merveilleux pour tout le monde. »

– Ian Laperrière

« Il faut quand même donner le crédit à la ligue, c’est pas mal moins pire que ce que c’était dans le temps. Les docteurs sont supervisés dans la façon qu’ils administrent les antidouleurs », enchaîne le vétéran de 1083 matchs dans la LNH.

Selon Georges Laraque, l’utilisation du CBD, et même du joint de marijuana, est déjà répandue dans la ligue. Parallèlement, il affirme qu’il y a diminution de la prise d’opioïdes dans les vestiaires.

Laraque n’a jamais reçu un diagnostic de commotion cérébrale, contrairement à Laperrière qui a déjà, entre autres, bloqué un tir frappé avec sa tête dans les séries éliminatoires en 2010.

« J’en ai eu des commotions et je n’ai pas manqué un shift. J’allais dans la chambre et je revenais parce que le thérapeute me demandait combien de doigts je voyais. Aujourd’hui, la ligue a pris ça en charge […] Mais on n’est pas rendus où on voudrait être. Les tests de commotions sont les mêmes que je faisais dans le temps. Il faut qu’il y ait un avancement là-dessus. »

Si le CBD peut apaiser les douleurs post-commotions, Ian Laperrière sera le premier à applaudir. Mais aucun médicament ne l’a soulagé, seul le repos y parvenait.

« Il n’y a pas de pilule magique pour ça. »