Medias

Et si le cannabis thérapeutique remplaçait un jour les médicaments pour contrer la douleur?

April 16, 2019

Publié le mardi 16 avril 2019 à 19 h 52

Source: ICI Alberta, Axel Tardieu
 
Même si les preuves scientifiques manquent, certaines études aux États-Unis commencent à démontrer que la marijuana lutte efficacement contre des douleurs neuropathiques, une situation qui pourrait permettre à certains patients de réduire leur consommation d’opioïdes.

« Va-t-on vers une transformation de la pharmacologie? Peut-être », considère le Dr Mark Ware, médecin de famille, professeur à l’Université de McGill de Montréal et médecin en chef, depuis neuf mois, au sein de Canopy Growth, l’une des grandes entreprises canadiennes de production de cannabis.

Cette plante est complexe, mais pleine de potentiels, selon cet expert qui travaille sur la question depuis vingt ans. « Cela pourrait avoir un effet important sur l’industrie du médicament », a-t-il lancé lors de sa présentation à l’occasion d’un colloque à Edmonton mardi.

Anxiété, douleurs, nausées… des symptômes qui pourraient être traités par de la marijuana dans le futur, à condition de multiplier la recherche sur la question, avance le Dr Ware.

Le domaine le plus avancé, selon lui, concerne la douleur chronique, celle qui persiste depuis plus de six mois, notamment les douleurs neuropathiques se produisant dans les nerfs situés à l’extérieur de la moelle épinière.

De bons résultats face aux opioïdes

« Selon les patients, l’utilisation du cannabis inclut une réduction d’autres médicaments », soutient Dr Ware. Il porte une attention particulière aux résultats de plusieurs études menées sur la crise des opioïdes aux États-Unis, où 33 États autorisent la marijuana thérapeutique.

“On voit que les États avec des programmes de cannabis thérapeutique ont moins d’hospitalisations liées à l’usage d’opioïdes, comparativement aux États qui n’ont pas ces mêmes programmes.”

– Dr Mark Ware, de l’Université McGill et de l’entreprise Canopy Growth

La légalisation au Canada aurait donné un second souffle à la recherche d’après le docteur. « C’est plus facile maintenant de faire des expériences dans les laboratoires ». Il faudrait maintenant plus d’investissement afin de trouver des preuves car, comme le répète ce médecin, « les possibilités sont énormes ».

Et, selon lui, les avancées scientifiques seraient accélérées s’il était possible d’étudier l’utilisation du cannabis thérapeutique et ses effets sur les Canadiens qui en consomment.

Selon Santé Canada, 342 000 patients au Canada étaient inscrits au Règlement sur l’accès au cannabis à des fins médicale en septembre 2018.

Réduire la stigmatisation

Gerald Major ne peut pas contredire le spécialiste. Cet Ontarien de 46 ans est président de l’Association canadienne de la spondylarthrite, une maladie rhumatologique qui affecte les articulations.

Gerald Major, président de l’Association canadienne de spondylarthrite, dans les couloirs d’un colloque à Edmonton.

Des douleurs physiques quotidiennes et des problèmes de santé mentale l’ont poussé à quitter son travail il y a neuf ans, alors qu’il était à la tête d’un département clé de la banque City Bank. « Mon cerveau ne pouvait plus tenir », dit Gerald Major.

Afin de réduire les douleurs dans ses articulations, il a dû consommer par le passé jusqu’à 250 mg d’opioïdes sous ordonnance. Grâce à plusieurs interventions chirurgicales et à la consommation de cannabis, ce patient a pu voir son quotidien changer et éviter une dépendance aux opioïdes.

« Je ne consomme maintenant que 30 à 40 mg d’opioïdes par jour et la marijuana m’a permis d’arrêter les somnifères, de retrouver l’appétit et même l’humeur », avoue-t-il.

« On doit faire plus de recherche pour réduire la stigmatisation autour du cannabis ». Ce père de famille espère pouvoir, un jour, acheter son cannabis thérapeutique dans une pharmacie, comme tout autre médicament, et bénéficier des services qui iraient avec.